Marihanama

22 avril 2019

A la sonnette

 

 

Quand au printemps, le jour s’étend, si lent,

Long s’éteint-il et mon impatience

Se lit, s’entend sur le grommellement,

Nature, ris ! Toi ma seule audience.

 

Le flot s’endort au son si lancinant

De l’au-revoir, aviaire alliance,

Au jour, en chœur, sifflant, geignant, volant,

Ce fou concert à la nuit se fiance.

 

Dans ce bras mort, au faux-air somnolent,

S’agite enfin la faune halieutique,

Ainsi je lance, appliqué, méthodique

L’amas de vers, gras et sanguinolent :

 

L’amorce glisse et le piège hypnotique

Coince l’anguille en un soir violent.

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19 avril 2019

Unique nycthémère

 

 

Mouillé légèrement, le regard sur la Lune

Mouillée,

Brillant, si lentement, glisse vers la Grande Ourse

Brillante,

 

Lointain, obscur aimant, la note chante et lance,

Lointaine,

Strident, l’appel ardent qui cingle : une sirène

Stridente.

 

Naïf, ingénument… à genoux sur la rune,

Naïve,

Ailé par l’odorant parfum fort d’une gousse

Aillée,

 

Ouvert infiniment au midi qui, sur l’anse,

Offerte,

Surpris d’apparemment s’émoustiller l’haleine

-         Surprise !

 

Ravi par le moment, l’Ephémère, sur l’eau

Ravie,

S’unit à l’Océan Pacifique, amnésie,

Amie.

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12 avril 2019

Tronçonneuse

A l’ombre, tel un fusillé

Nappé d’indifférence flasque,

Fripé, mou, mourant, sombre masque,

J’allais, pensant, le fût scié.

 

Ruminant l’univers fantasque :

S’il est un langage et s’il est

Aussi baroque que si laid

Qu’il me scie ! Où donc est la Vasque ?

 

Ainsi, souche, était ma douleur ;

Mon moignon, morose pâleur,

Hurlait au ciel un noir silence,

 

Lors, j’arborais avec prestance

Ma racine, mon sang, ma fleur

Comme une inconnue existence.

 

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07 avril 2019

Starification

 

 

Ma Caille, en ta catacombe,

L’impact d’AK quarante-et-sept

Qui t’éclata, ma Colombe,

Au ventre, me mit ce percept :

 

Une souffrance, une strophe

Qu’enfourne -affreux cris- l’intellect

En concept, en catastrophe,

S’éloigne du gris, de l’abject,

 

Quand le cœur se gargarise

D’horreur, de goût d’enfer, le best :

Ton corps, je catastérise,

Ainsi, je t’aime d’est en ouest.

 

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05 avril 2019

Alphasol

 

 

Dès l’alpha, post le coup de glotte,

S’émerveille au flot du hasard,

Le bêta rauque –un gros canard !-

Ni le serin, ni la hulotte.

 

Gamme à ce point si loin dans l’art,

Qu’au bout du Nil, le delta rote,

Quelque cascade rampe et rôde

« Help ! » si l’on prend ce tortillard !

 

-         Oh mes gars, filons à la terce,

Le printemps par trois nous transperce,

Mûs d’on ne sait quel électron,

 

Tôt, nous illumine la face,

Râ, nu, nous amène le vase :

Un doux sourire d’omicron.

 

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31 mars 2019

Non mais !

 

 

La poudre d’or aux pommes des pins

S’égaille au vol de la tourterelle ;

Le bec au clair, une ribambelle

De chants ce soir, sifflent les serins.

 

C’est la fin mars et toi, fier,  appelles :

Hier transi, ces temps-ci, serein,

Qui la copine et qui le copain,

Doux passereaux, si beaux et si belles.

 

Mais qui voilà ? Mon ami félin,

Félon, sans lois, se musse, malin,

Pour chez l’oiseau, semer le péril.

 

Surpris le chat par le gros bourdon,

D’un bond s’enfuit, s’enfuit pour de bon,

-         Reviens demain, c’est Premier Avril !

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24 mars 2019

Métamorphose

 

 

Ainsi, les samedis, les dimanches aussi,

Quand le jour, au matin, sous la brume s'éveille,

Dès le saut du fretin, quand sur l'étang, l'abeille,

N'a cure d'hésiter qu'entre or ou cramoisi,

 

Je me souviens des pas, de leur parfum vanille,

Et de la cavalcade -au premier pied posé

Sur le pont- de mon cœur, un sentiment osé :

Que chacun de mes doigts devienne une chenille ;

 

Sous l'œil de la truitelle et des vifs alevins

Près de la roseraie où les joncs si divins

Giflent d'éclairs d'acier l'humeur de la clairière,

 

S'insinuerait, charmant, de la soie au grillon,

Glisserait, lentement, de l'avant à l'arrière,

Le semeur de plaisir, le bientôt papillon.

 

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13 mars 2019

Sous la pluie

 

 

Elle avait le ricil qui coulait sur la joue :
Ce trait noir tatouait son visage et le bus
N’arrivait pas. Perdus, dans notre syllabus,
Nous remuions les sens au sombre de la soue.

Avions- nous fait serment de crever jusqu’au pus,
De, sous tous les soleils, nous vautrer dans la boue
Ad vitam aeternam au plaisir que l’on voue
A nos chairs sublimant nos désirs, nos mots, bus ?

- Adieu voilà le car, en nos cœurs, nos peaux nues,
Nous garderons de nous, toujours de mues en mues
Et la braise animale et les joyeux pinçons

Qui nous faisaient siffler les beuglantes chansons
De nos corps s’agrippant tels d’assoiffés sauvages
Qui narguaient la vieillesse et la mort et les âges.

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12 mars 2019

Thriller

 

 

Au cœur du cyclone, Homme, ton ardeur régresse,
Est-ce le bois qui craque ou ton os qui s’emplit
De ta tout-petitesse, ta carte périt
Et déjà ton hier t’ensanglante et te blesse.

Avoir codé, tout su, maintenant, quand se lasse
Le gnome ou le binaire ou le tétra, se lit
Râ, - Mazda-, le muezzin, en sémite, en sanskrit,
Scande sur un tapis, tant qu’il vole en palace.

Sous les feux des fous ciels, à Babel, en Pali,
Parabole, les mots de Jésus ou d’Ali,
N’ont pas d’autre réponse face à l’enfant morte :

- L’horreur, ma sœur, mon frère, c’est Dieu qui l’a dit,
Est l’œuvre du Sheitan, ce diable érudit,
Mêlant l’Homme au cyclone, à son eau fourbe et forte.

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Ailleurs

 

 

D’Inzinzac à Hennebont, bond
De l’ancien bourg à la grand’ville,
Me grattait mon pantalon long,
J’avais un goût pour la guenille.

Assis, suant dans le car, car
Ma douce aïeule et sa flottille
Aimaient de ce tortillard, l’art
De sublimer la peccadille :

« - Je n’irai plus au lavoir, voir
La Gwennaelle et sa mantille,
Son deuil est dérisoire, un soir,
Ses yeux avaient un air myrtille… »


Ça baragouinait tant et tant
Que par une idoine écoutille,
M’échappais, pendant très longtemps,
Je fus du Blavet, une anguille.

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11 mars 2019

Forge de brousse

 

 

Entre les rails d’un train qui passait, là, jadis,

Fumait, chauffait, donnait juste un trait de lumière,

Le feu qu’attisait, fous, une meute de dix

Hominidés, mimant quelque extase première :

 

L’on sentait le santal, et les niaoulis

Saoulaient les margouillats, reclus dans leur tanière ;

La Lune à l’horizon dansait, nue au roulis

De l’océan cédant aux flancs de la zonière.

 

Les stipes des palmiers aux reflets incertains

Croissaient et s’échouaient sur des motus lointains,

Des scolopendres se pendaient à la grande ourse,

Et les vaguelettes de l’anse, en charleston,

Animaient tous tympans de Bourail à Kingston,

Les souffles s’affolaient sur la flamme et sa course.

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10 mars 2019

Miss Terre

 

 

Sur ta lèvre un air de myrtille,
Comme un sang vif aux vents de mars,
M’anime, mû tel un mandrill,
Gigotant, fol, au Mont Parnasse :

J’allume autour de toi, ma Miss
Les mots que mon désir amasse
Aux pieds de tes chairs, Pythonisse ;
Six cents encens, mille ninas.

Dis-moi de nos vers l’avenir,
Dans quelle gangue et de quelle ère
Surgira l’ion de la mire,

Vois, Muse, au-delà de la mer ;
Ta baie au goût de sang m’attire
Et ton corps languissant m’atterre.

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Un dimanche de chat

 

Sur la dernière marche, avachi, chat, tu dors

Sous l’édredon poilu de ta couleur frisonne ;

Tout l’étage rugit du rêve qui résonne,

Quel mulot poursuis-tu ? –ta moustache frissonne-

Sur la dernière marche, avachi, chat, tu dors.

 

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08 mars 2019

Sursaut

 

Ainsi, de baies en baies, nous avançâmes,

Alignant la colonne, aux vœux de l’occiput ;

Hasards ? De dés en dés,  nous progressâmes,

Mais occupés surtout par nos sangs et le rut.

 

Au sortir des coïts, nus dans les cimes,

Enjoués, réjouis, sans volonté ni but,

De nos nids si douillets,  nous descendîmes,

Ne revînmes jamais que mourants ; le début.

 

Livre-nous Mnémosyne, âme des sommes

Des sens de tous les mots depuis leur ut,

La brillance des secrets quand tu nommes

L’éclair, l’amour, le vide et l’uppercut 

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03 mars 2019

Racines ailées

 

 

Sous le chêne, un druide, poète,
Taillait de sa langue, serpette,
Aux dryades, cette bavette :

- Où sont des Muses, Dames blanches,
Les lyres et les avalanches
De vers qui glissent de leurs hanches ? 

- Elles sont au bout du calame,
Au plus profond du jus du lemme,
Ecorce entre la femme et l’homme,
En la racine qui allume
D’Oulan Bator à Pampelune
Le sang de la céleste haleine.

 

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